À Bordeaux, onepoint veut recruter 600 personnes et investir 100 millions d’euros

Sud Ouest – La société parisienne Onepoint veut faire de Bordeaux la vitrine de son savoir-faire en digitalisation. À la clé, d’ici trois ans, un projet immobilier à 100 millions d’euros et… 600 recrutements.

Un lion en cage, c’est ce qu’inspire David Layani. Le trentenaire semble incapable de rester en place plus de trois minutes. Même un samedi soir dans les 60 m² de son bureau. Même dans les 4 000 m² de la rénovation, aussi récente que réussie (elle est décorée d’œuvres contemporaines originales) du siège parisien de la société Onepoint, qu’il a créé en 2002.

Il tourne en rond dans les quatre étages du vaste immeuble de brique rouge que sa société occupe depuis peu. David Layani, 38 ans, manque de place, il semble surtout manquer de temps.

1 264 recrutements en cours

« Je suis un hyperactif… qui a appris la tempérance avec le temps, assure t-il. J’ai eu la chance de grandir élevé par des parents qui ont commencé à travailler très tôt et qui ont, eux aussi, toujours été dans le mouvement ».

Cela explique sans doute pourquoi il n’a pas pris le temps de se poser sur les bancs des études supérieures. Dès l’âge de 19 ans, il fait son entrée dans le monde du travail. Le statut de salarié ne dure pas. Il a 21 ans quand il se lance, grâce à la caution bancaire de son oncle, dans l’aventure Onepoint.

Très vite, la petite société de services en ingénierie informatique (SSII), spécialisée dans la signature électronique et la dématérialisation de contrats pour la grande distribution devient un acteur qui compte dans le business de la transformation numérique des entreprises et du secteur public.

Onepoint, aujourd’hui, c’est 13 implantations dans le monde, 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et… 1 264 postes actuellement à prendre. En attendant, Onepoint mobilise déjà 1 850 collaborateurs à Paris, Nantes, Toulouse depuis peu et Bordeaux.

100 millions à Bordeaux

À Bordeaux justement, le chef d’entreprise voit grand, très grand même. Pour le moment, les 220 collaborateurs Onepoint sont installés dans un bâtiment situé à Pessac. Mais celui qui détient 95 % du capital de Onepoint planche sur un projet immobilier de grande ampleur. Un projet qui nécessitera plus de 100 millions d’euros d’investissement.

« Dans le nouveau quartier Euratlanique, en face du Marché d’intérêt national, avec l’aide de la Foncière des régions, nous allons faire sortir de terre, en deux étapes et d’ici trois ans, 20 000 m² de bureaux, un campus de formation – pour lequel nous sommes actuellement en discussion avec deux grands acteurs de l’apprentissage des métiers du numérique – du logement – précisément pour ces étudiants et nos collaborateurs – ainsi qu’un vaste lieu d’expérimentation, une digital factory. »

« Ce lieu va permettre à nos clients de venir, s’ils le souhaitent, mettre au point leurs projets de digitalisation avec l’aide de nos experts. Les entreprises, qui doivent se transformer de plus en plus vite, pourront gagner du temps en s’installant, le temps de cette transformation, directement dans nos locaux », s’enthousiasme celui qui aime à se dire bâtisseur d’une « entreprise ouverte », qui rémunère plus l’expertise et l’initiative que le statut ou la posture managériale.

« Le projet de Bordeaux, pour lequel le concours d’architectes est lancé et le permis de construire déposé, c’est ma passion actuelle. Le potentiel de cette agglomération, de cette région dans son ensemble, le niveau d’excellence des talents locaux du numérique et sa capacité au niveau du foncier font de sa capitale, Bordeaux, un terrain de choix pour bâtir le Onepoint de demain, celui qui comptera, un jour, 10 000 collaborateurs un peu partout dans le monde », assure David Layani. Il fait le pari que dans trois ans, rien qu’à Bordeaux, Onepoint comptera 800 à 1 000 salariés.

Un autre projet à Nantes

Les chiffres impressionnent, le projet donne le tournis, mais il n’est pas le seul sur la façade Atlantique. À Nantes aussi, le « bâtisseur » a un projet de construction. Il porte sur 5 000 m2 cette fois, « là-bas aussi, le potentiel est énorme, mais les terrains manquent ».

L’ambition et son porteur peuvent laisser sceptique mais pour se faire une idée du potentiel, il faut se rappeler qu’en 2008, Onepoint est arrivé en province sur la pointe des pieds et sur les ruines de deux PME aux tapis. Elles comptaient 30 et 40 salariés. Elle en totalise 500 à ce jour.

Entretien de David Layani avec Madame Figaro

Madame Figaro – Entretien avec le fondateur de Onepoint, l’agence qui soutient la transformation numérique des entreprises, crée les outils du quotidien pour augmenter leur performance et revendique un nouveau management.

Madame Figaro. – Une heure de réveil ?

David Layani. – 6 heures. Je promène Noisette, le chien de mes filles.

S’il faut remonter à l’origine ?

Des parents modestes, qui ont commencé à travailler tôt. Ils m’ont appris l’élégance des rapports avec les gens, le sens de l’engagement, le partage. Petit, je rêvais déjà d’être entrepreneur et de changer le monde. Je n’ai pas fait d’études supérieures, préférant m’immerger tout de suite dans le monde du travail. À 19 ans, je suis entré chez EMC, leader du stockage de données. J’ai vite compris les bouleversements apportés par la révolution technologique en cours : c’était le moment de saisir ma chance.

Un moment décisif ?

Plutôt deux : à 22 ans, en 2002, la création de mon entreprise. J’avais la foi du néophyte, la force de ma vision et l’aide d’un oncle, qui s’est porté garant pour un emprunt bancaire. Ma première mission portait sur la signature électronique et la dématérialisation des contrats pour la grande distribution. Et à 31 ans, quand je suis devenu père.

Le pitch de votre poste ?

Président de Onepoint, société de conseil dans la transformation numérique. Je mets en pratique ma vision de l’entreprise ouverte : il n’y a plus de structure pyramidale avec des postes figés, les personnes s’associent aux projets en fonction de leurs compétences. Ça accélère l’intelligence collective, la créativité et la performance. Mon rôle est d’animer et d’accompagner l’entreprise, tout en restant connecté au terrain, puisque je traite trois ou quatre dossiers directement avec les clients. J’essaie aussi d’avoir un engagement social à l’extérieur, en lien avec des sujets d’intérêt général. Par exemple, à la demande du Premier ministre, Édouard Philippe, je viens de remettre un rapport sur le travail d’intérêt général .

Des résultats à donner ici et maintenant ?

Un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros, 1 800 collaborateurs et un contrat que l’on vient de signer avec GRTgaz pour construire une digital factory – une plateforme de création de produits et services innovants – en France, alors que les concurrents proposaient de délocaliser. Nous avons 1 000 postes à pourvoir en ce moment : experts de technologies, créatifs, ergonomes, pilotes de programmes…

Des défis à venir ?

L’idée n’est pas de penser la meilleure innovation de 2018, mais de construire un socle d’innovation permanent associant les meilleurs talents. Par exemple, on parle beaucoup de big data, mais ce qui m’intéresse, c’est le smart data, c’est-à-dire les données structurées. L’enjeu est de traiter celles-ci de façon intelligente et de s’en servir pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Le smart data, c’est une nouvelle forme d’oxygène pour les entreprises de demain.

Une addiction digitale ?

Plusieurs : Deezer, le chocolat – même si ce n’est pas très digital ! – et, bien sûr, le smartphone, mais, quand je dîne avec mes filles, je le range.

Portait de David Layani par Paris Match

Paris Match – Le fondateur de Onepoint, spécialisée dans la transformation numérique des entreprises, emploie 2 000 salariés. Et nourrit de grandes ambitions.

Le visage est encore juvénile, le regard, incisif, et l’impatience, tangible. Difficile pour cet autodidacte de 38 ans de rester en place. Assis, l’une de ses jambes bat la mesure. Debout, il arpente l’espace à grands pas. Et ses idées se bousculent, au rythme d’une diction parfois très rapide. David Layani incarne la relève des grands noms du Web français. Comme Xavier Niel (Iliad), Jacques-Antoine Granjon (Vente- privee) ou Marc Simoncini (fondateur de Meetic), ce n’est pas dans le système scolaire que ce garçon, élevé par des femmes (une mère et deux sœurs), a brillé. Mais, à 22 ans, en 2002, sans le bac et après une expérience dans un groupe américain, celui qui se perçoit comme un « enfant de la crise » crée son entreprise. « J’ai vu quatre banquiers. Pas un n’a accepté de m’ouvrir un compte », se souvient-il. C’est en pleine nuit que lui vient le nom de sa société : Onepoint, « parce que le numérique est un point d’entrée unique partout ».

La suite, pour cet ancien cavalier fou de polo, se déroule au galop. Ouvertures de filiales à l’étranger dès le démarrage, notamment au Canada en 2003, faillites évitées de justesse, gains de clients et de marchés, et 2 millions d’euros de chiffre d’affaires la deuxième année. « J’ai failli mourir plusieurs fois, mais cela ne m’a pas empêché de continuer à voir grand. » Le vieux monde salarial et ses divisions entre cols bleus et cols blancs lui semblent aussi obsolètes que la vision purement statutaire des employés. Aujourd’hui, au sein de Onepoint (2 000 salariés pour 200 millions d’euros de chiffre d’affaires), les échelons hiérarchiques ont été remplacés par des « positions » : associé, leader et partner, une « meute en marche » qui fonctionne par association de compétences. Ce patron, qui se définit comme un « libérateur », parie sur l’expertise et sur les affinités pour construire une organisation aussi souple que l’aménagement des 4 000 mètres carrés du siège parisien inauguré en 2016 par Emmanuel Macron sans bureaux personnels et pourvu d’espaces à vocations variables. Un lieu de rencontres plutôt qu’un quartier général à l’ancienne.

En seize ans, Onepoint est devenu une ESN, une entreprise de services numériques, rivale de géants comme Capgemini ou Atos, qui se battent sur un marché français de 40 milliards d’euros. Son objectif ? 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2022. « Toutes les entreprises ont compris qu’elles devaient se transformer. Le numérique emporte tout sur son passage. A nous de le leur permettre », explique ce père de deux filles. Parmi ses projets, la construction à Bordeaux d’un lieu unique en Europe, où cohabiteront entreprises, logements, centres de formation, hôtels, infrastructures sportives et écoles, qui pourrait compter jusqu’à 20 000 salariés. Pour David Layani, dont les références entrepreneuriales incluent Steve Jobs aussi bien que Pierre Bellon, le fondateur de Sodexo, les entrepreneurs ont aussi un rôle sociétal à jouer et doivent « rendre ce qu’on [leur] a donné ».

Il planche sur la réforme du TIG

Avec Didier Paris, son corapporteur, David Layani est allé présenter son projet, le 5 mars, à Nicole Belloubet, la ministre de la Justice. Le TIG (travail d’intérêt général, non rémunéré au sein d’une association, d’une collectivité territoriale ou d’un établissement public), institué par la loi du 10 juin 1983, a une durée de 20 heures au minimum et peut aller jusqu’à 280 heures pour les délits et 120 heures pour les contraventions. C’est aussi l’une des pistes de réflexion pour désengorger les prisons. « Développer le TIG permettra d’améliorer la réinsertion et de définir des sanctions efficaces. On compte deux fois moins de récidives qu’avec une peine de prison », explique David Layani quelques jours avant la présentation par Emmanuel Macron (photo, à Fresnes, le 2 mars) d’un plan global sur les prisons et les peines, qui comprend une quarantaine de mesures. Parmi elles, celle de lier la peine à la nature du délit : une condamnation pour conduite en état d’ivresse donnant lieu à un TIG en hôpital, par exemple. M.-P.G