Contre la peur ? Créer une science universitaire du futur…

Vague d’attentats, instabilité économique, prééminence du chômage, les Européens sentent une violence physique et symbolique gagner notre vieux continent pacifié. Et pourtant, jamais la violence n’a décliné aussi régulièrement qu’au cours des précédentes années. Steven Pinker (Harvard) est formel : nous vivons le moment d’Histoire le plus paisible jamais connu.

C’est notre paix intérieure qui est menacée. Les individus sont déboussolés, désorientés par le rythme de bouleversements sociaux, économiques, politiques et religieux qui martèlent leurs quotidiens. L’espèce humaine, de plus en plus connectée nourrie de l’empathie médiatique, semble plus sensible à l’instabilité de son environnement.

En 1970, Alvin Toffler nous diagnostiquait un « choc du futur », nouvelle maladie psychologique de l’humanité : confusion, impuissance grandissante, incapacité collective à appréhender correctement les évènements, à prévoir leur déroulement (toujours plus rapide) et leurs conséquences (toujours plus étendues). Le contexte : un présent toujours plus rapide, éphémère et chaotique, peuplé de produits, de relations, d’attachements ou d’informations qui ne durent qu’un instant toujours plus bref.

La connaissance et le travail sont de puissants antidotes à la peur. Notre pensée sera toujours insuffisante pour rationaliser les attentats et la violence. Et pourtant, seul un travail d’anticipation, de recherche de signaux faibles et de projections peut nous sauver de cette peur si paralysante.

Je plaide pour la recréation d’une science du futur. Une science reconnue par l’université et les entreprises. Quelques grands esprits analysent les lignes d’avenir (pensons à l’Humanité 2.0 de Ray Kurzweil, récemment l’Homme Nu de Marc Dugain…), mais ils sont lus avec scepticisme. Quant aux analyses politiques, elles rebondissent au fil des évènements plutôt que d’offrir une vision de long terme, ouvrant la porte à l’angoisse collective.

Redonnons vie au futurisme. Pas pour redonner du souffle à la science-fiction. Mais pour réfléchir et formaliser des analyses anticipatoires et aux projections de long terme, qu’il s’agisse de technologie, de politique internationale, de variation climatique ou d’armement de nos ennemis.

Qu’il s’agisse de la convergence de l’homme et des réseaux grâce aux progrès de la génétique, des nanotechnologies et de la robotique – dont l’intelligence artificielle, de la réalité virtuelle ou des véhicules autopilotés… Le champ de la recherche n’attend que nous.

Créer une science du futur, c’est décider de donner une alternative à la peur : nous approprier la réalité et donner libre cours à l’intelligence et la créativité humaines.

Contre la peur ? Créer une science universitaire du futur… was last modified: octobre 4th, 2016 by DavidLayani