Faudra-t-il choisir entre vie privée et innovation?

Snowden, traître ou héros ? L’histoire n’a pas encore tranché. Mais elle nous a appris que les neufs géants américains d’internet (Google, Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo, AOL, Youtube, Skype et PalTalk) ont permis au FBI et à la NSA d’accéder aux données personnelles de leurs utilisateurs.

L’affaire a soulevé l’Europe qui réclame un « habeas corpus » numérique, devant le regard parfois amusé des experts américains, que ce genre de faille n’a pas particulièrement étonnés. L’envers de la numérisation de nos sociétés, c’est bien la possibilité pour certains acteurs de surveiller de plus en plus d’individus. Nous avons désormais rattrapé les romans de Georges Orwell… Mais à bien y regarder, la cybersécurité ne date pas de l’affaire Prism. De grands acteurs chinois des télécoms (Huawei, ZTE) ont été condamnés pour des systèmes mal sécurisés qui laissaient des failles permettant d’accéder à des données stratégiques. Reflet de ces inquiétudes, en juillet 2013, un sondage CSA-AXA révèle une perception dominante nouvelle : 82 % des Français citent la protection des données personnelles sur internet comme leur première préoccupation au quotidien.

Près de 40 % de la population mondiale sera connectée à internet fin 2013, et comme toutes les innovations, la révolution numérique n’échappe pas à l’ambivalence. L’affaire Snowden démontre qu’il existe aujourd’hui une convergence inédite entre les intérêts des grandes entreprises de la Silion Valley et ceux des agences nationales de renseignements : obtenir un maximum de données privées et élaborer les logiciels capables de les exploiter.

L’affaire Snowden met en lumière deux grandes problématiques auxquelles il nous faut réfléchir collectivement. La première, c’est l’acceptabilité sociale de l’innovation, en l’espèce de la connexion des populations à internet et toutes les nouvelles possibilités que cela créée pour elles. La seconde, c’est notre capacité à garder un peu de maîtrise sur nos données stratégiques : les données personnelles, mais aussi celles de l’Etat et des grandes industries stratégiques pour notre pays. La France et l’Europe ont intérêt à renforcer leurs exigences en matière de cybersécurité, pour les grandes entreprises, mais aussi pour leurs sous-traitants. Une dialectique assez subtile est en train de voir le jour entre des réseaux et une économie mondialisés à grande vitesse et la nécessité stratégique de conserver la maîtrise du temps et de certains champs d’action. L’innovation, comme la science, sont des dynamiques qui n’ont pas de sens moral intrinsèque. Mais face aux réseaux, aux algorithmes et aux technologies, nous restons des hommes libres de demander davantage de garanties et d’adapter notre rapport à ces innovations.

Faudra-t-il choisir entre vie privée et innovation? was last modified: juin 12th, 2014 by DavidLayani

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