Aux côtés des entrepreneurs, des intrapreneurs… Place aux systempreneurs ?

Face aux bouleversements économiques, écologiques et sociétaux actuels, et à l’heure où la perte de confiance des électeurs dans leurs élus est abyssale, un nouveau genre d’experts est né… Charmian Love est la cofondatrice et directrice de Volans, une entreprise spécialisée sur les secteurs de l’innovation, de l’entreprenariat et du développement durable. Rachel Sinha est la cofondatrice du « Finance Innovation Lab », incubateur d’idées innovantes dans le secteur financier. Elles proclament haut et fort : le politique est mort, vivent les « systempreneurs ».

Comme leurs cousins proches, les entrepreneurs et les intrapreneurs, les « systempreneurs » mobilisent des ressources et cherchent des solutions innovantes pour relever de grands défis. Mais plutôt que de se concentrer (comme le font les entrepreneurs) sur les challenges posés par la croissance de l’entreprise, ou (comme le font les intrapreneurs) sur les processus de changement internes à l’organisation, les « systempreneurs », eux, se focalisent sur les grands enjeux politiques, économiques et sociétaux de notre temps, et sur les changements systémiques que ces enjeux requièrent. De la santé à la finance, les « systempreneurs » s’attachent à trouver des voies d’amélioration globales et ingénieuses par l’application d’un esprit entrepreneurial – c’est-à-dire, ambitieux et innovant – à de grandes questions structurantes.

Considérons, par exemple, le « Finance Innovation Lab » : pour financier plus démocratique, plus responsable et plus juste, Rachel Sinha a créé un programme d’accélérateur d’entreprises qui soutient des business modèles nouveaux apportant de la diversité au système financier, et permettant aux acteurs civils de faire contrepoids aux lobbys déjà installés.

Autre exemple : David Porter, « systempreneur » chez Health care venture fund, s’intéresse depuis quelques années aux crises dans les différents systèmes de santé mondiaux, des crises dues en grande partie au vieillissement des populations. Ses travaux éclairent un certain nombre de pistes possibles par lesquelles l’innovation et l’esprit entrepreneurial peuvent aider à relever le grand défi posé par le « tsunami d’argent » (Près d’un travailleur américain sur trois sera âgé de plus de 50 ans en 2012).

Les « systempreneurs » partagent l’idée que, habilement mêlés à une bonne dose de volonté politique, le sens des affaires et l’esprit entrepreneurial aideront à la création d’un système capitaliste adapté aux défis à venir. Tous, d’après C. Love et R. Sinha, possèdent la faculté spécifique de dessiner un chemin, une voie d’action, à travers une complexité souvent paralysante.

Pour cela, ils sont d’ailleurs généralement des maîtres en communication : ils parviennent à concilier des points de vue à priori inconciliables en créant des espaces « neutres » dans lesquels les pionniers peuvent se rencontrer, tester leurs idées, raffiner leurs opinions, créer des alliances improbables et se focaliser sur l’objectif, c’est-à-dire sur l’action en vue du changement.

L’architecte, inventeur futuriste et américain Richard Buckminster Fuller écrivait : « On ne change jamais les choses en luttant contre la réalité existante. Pour changer quelque chose, construis un modèle nouveau qui rend le modèle existant obsolète ».

Les « systempreneurs » développent des activités novatrices susceptibles de jouer un rôle clé dans tout changement systémique (« The Civic Foundry », un mouvement qui permet aux citoyens de créer de nouveaux services pour aider les communautés locales), ils expérimentent dans le domaine des services publics puis importent les résultats de ces expérimentations dans les secteurs publics existants (« Participle » dans le domaine du vieillissement), ils soutiennent l’émergence de nouveaux marchés (le « Criterion Institute », qui entend « réinventer l’économie en impliquant à la fois les individus et les institutions »).

La plupart de nos systèmes – énergie, finance, alimentation – ont été conçus à une époque où les questions d’environnement, de développement durable et de répartition des richesses n’avaient pas l’urgence qu’on leur connait aujourd’hui. En abordant ces questions cruciales avec l’optimisme, l’énergie, l’ambition et la prise de risques propres à l’esprit entrepreneurial, les « systempreneurs » sont peut-être appelés à jouer un rôle déterminant dans la recherche de solutions viables et le contournement des dynamiques de pouvoir stériles et obsolètes.

Marie Gayot

Marie Gayot

Championne de France 2014 du 400 m

Athlète de 23 ans spécialisée sur le 400m, au parcours très prometteur (participation aux JO de Londres notamment)

Elle était déjà médaillée d’argent du relais 4 x 400 en 2012 à Helsinki.
Elle était 4ème lors des championnats du monde l’année dernière.
Aujourd’hui, elle est championne d’Europe du 4 x 400. La victoire du travail, de l’effort, tout en discrétion.
Je suis fier et heureux, avec tout le groupe, de soutenir Marie Gayot.
Cette trajectoire exemplaire l’emmène directement aux championnat du monde de Pékin… et aux JO de Rio en 2016 !
Nous serons là, à ses côtés, tout au long du chemin. Go Marie !

 

Comment passer d’une PME à une ETI: lever les freins de la croissance

La Tribune

Ma publication dans La Tribune

Développer les PME passe par la lutte contre les freins institutionnels et stratégiques.

Les Français placent désormais très majoritairement leur confiance entre les mains des chefs d’entreprises. 81 % d’entre eux font d’abord confiance aux patrons de PME pour sortir la France de la crise*. La croissance ne se redressera que sur les liens d’une nouvelle confiance collective qu’il nous faudra bâtir. Comme le disait Jean-Paul Sartre : “La confiance se remplit par goutte et se déverse par litres”.

Les PME de moins de 250 personnes représentent plus de la moitié des emplois et de la création de valeur ajoutée de notre pays. Pourtant, en 2013, 63 100 entreprises ont fait défaillance, soit une augmentation de 3 %*. On connaît la lourde insuffisance des ETI (entreprises de taille intermédiaire) en France par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. Le décalage est aussi frappant pour le nombre d’entreprises exportatrices : 80 000 en France, contre 150 000 en Italie et 750 000 en Allemagne***.

Libérer la croissance des PME

6 ans après le rapport Attali, la nécessité de libérer la croissance française – et en particulier celle des PME – s’est imposée. Pourtant, les chiffres résistent. Certaines entreprises implantées sur un marché de proximité n’ont pas vocation à grandir. Pour toutes les autres, lever les freins de la croissance est devenu une urgence économique nationale et un enjeu de cohésion sociale de plus en plus évident.

Les freins aux PME sont d’abord internes à l’entreprise. Le premier frein prévisible c’est, pour un chef d’entreprise, de concevoir le développement de son entreprise, sans en accepter les risques inhérents. Face aux grands choix stratégiques, une entreprise survit parce qu’elle a su apprivoiser le risque et l’intégrer à sa stratégie, rarement parce qu’elle l’a fui ou cédé. Ce constat appelle une réflexion sur la conception du risque dans notre imaginaire collectif et concrètement, sur la manière dont il est traité dans les grandes formations économiques du pays.

Les PME doivent anticiper leurs choix stratégiques

Le second frein des PME, c’est la difficulté à s’extraire des opérations pour formuler une ambition. L’entreprise est un organisme vivant. La diriger et la faire grandir exige d’anticiper en permanence. Déterminer un cap, avoir une ambition forte, c’est l’essence même de la mission du chef d’entreprise. Anticiper, c’est s’entourer de collaborateurs qui permettront d’atteindre les objectifs de demain. A la veille de chaque choix stratégique, le chef d’entreprise doit répondre à cette question : les décisions d’aujourd’hui sont-elles les freins de demain ? Prenons l’exemple de la levée de fonds. C’est la tentation de nombreuses entreprises pour accélérer leur croissance mais aussi pour limiter la solitude du décideur. Elle est parfois nécessaire. Et pourtant, le capital doit être protégé pour sa capacité à faire levier pour l’entreprise dans le futur, et permettre au chef d’entreprise de décider vite et librement.

Si ces freins internes sont souvent sous-estimés, c’est qu’il existe des freins externes évidents qui pèsent considérablement sur le développement des PME. Le premier d’entre eux, c’est la difficulté pour les entreprises à recruter. Elle relève d’une part de la forme juridique actuelle du CDI, qui durcit le clivage entre ceux qui en détiennent et ceux qui n’en détiennent pas. Il créé de facto des inégalités lourdes devant les banques et le logement. Le CDI ne permet pas aujourd’hui d’anticiper des conditions stables et prévisibles de séparation. Autrement dit, si on interdit le divorce, il n’y aura plus de mariage.

La mobilité pour lutter contre le chômage

Cette difficulté à recruter est amplifiée par une action publique encore insuffisante en matière de mobilité des personnes. Pour rééquilibrer l’offre et la demande sur les territoires, il est indispensable d’inciter les Français à être plus mobiles. Cela pourrait se concrétiser dans une Agence Nationale transverse qui les accompagne pour leur déménagement, les recherches d’emploi du conjoint, l’école des enfants… C’est l’une des clés encore peu exploitées de la lutte contre le chômage.

D’autres dispositions plus techniques permettraient de lever les freins de la croissance pour les PME : les seuils par exemple qui imposent de nouvelles obligations administratives dès qu’une entreprise passe à 10 et à 50 salariés. Manuel Valls a d’ores et déjà annoncé un moratoire sur le seuil des 10 personnes. Ces seuils représentent des barrières psychologiques qui enchérissent la perception et la réalité du risque encouru par un chef d’entreprise. La simple décision de relever ces deux seuils serait une mesure efficace, sans demander le moindre investissement en fonds publics.

Une réforme pour accéder facilement aux marchés publics

Evoquons aussi la création d’un Small Business Act qui permettrait aux PME d’accéder plus facilement aux marchés publics. D’aucuns objectent qu’une telle mesure n’est pas techniquement possible au niveau national. Inscrivons donc un Small Business Act à l’échelle européenne, le résultat sera aussi efficace. La probabilité qu’une PME allemande tente de contracter avec l’administration française reste faible compte tenu de l’éloignement, de la complexité et de la différence de cultures. Mécaniquement, les PME françaises tireront, en France, tous les bénéfices d’une telle législation.

La perception du rôle des entreprises dans la croissance économique s’affranchit enfin des clivages politiques. Le pays est prêt. Il est de notre responsabilité de chef d’entreprise de saisir cette opportunité, jamais le pays ne nous a autant attendus. Le temps n’est plus à la surprotection, ni à la peur : « il n’y a pas de réussites faciles ni d’échecs définitifs » disait Marcel Proust. Désormais, le temps est à l’audace et à l’acceptation du risque. Les pouvoirs publics ne peuvent pas effacer la solitude du chef d’entreprise. Mais ils se doivent de limiter les incertitudes et de tout faire pour que les entreprises puissent rester toujours en mouvement. C’est la première condition de leur survie.

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*Sondage TNS Sofres pour l’Observatoire de la confiance (vague de juin 2013).

**Raport Deloitte Altares 2013.

***Rapport HSBC sur les freins à la croissance des PME (2013).