Progrès : les 12 prochaines révolutions…

L’accélération du progrès, des technologies et de l’information est vertigineuse. Et c’est bien notre capacité à discerner les avancées technologiques dont la portée sera révolutionnaire qui est en jeu : « le futur appartient à ceux qui voient les possibilités avant qu’elles ne deviennent évidentes » (Théodore Levitt). Parmi les progrès techniques actuels, quels sont ceux dont l’impact sur le monde sera comparable à celui de l’invention de l’automobile ou de la puce électronique ?

Dans un rapport sur Les technologies révolutionnaires, le McKinsey Global Institute identifie les technologies qui pourraient « changer le monde » d’ici 2025. 4 critères ont été prédominants :

  • une très grande vitesse d’évolution (changement rapide en termes de prix/performance par rapport aux substituts ou alternatives),
  • un rayon d’action ou d’impact très élevé (sur les entreprises, les industries, les machines, les produits, les services),
  • un potentiel d’impact économique très large (en termes de profits, de croissance de PNB et de productivité),
  • un impact économico social potentiellement révolutionnaire (qui transforme la vie de millions de personnes, crée des opportunités de commerce, tire la croissance et modifie les avantages comparatifs des nations).

Mc Kinsey a choisi 12 technologies, parmi lesquelles les énergies renouvelables, le stockage de l’énergie, l’extraction de pétrole et de gaz, l’imprimante 3D, les véhicules autonomes et semi-autonomes, la prochaine génération de génomique ou encore les nouveaux matériaux intelligents.
5 technologies en particulier me semblent passionnantes parce que, révolution des usages ou prouesse prometteuse, elles irriguent déjà tout le tissu des nouvelles entreprises et de leurs nouveaux modèles économiques :

1. L’Internet mobile ou l’omniprésence de la connectivité sans fil et la prolifération explosive des « apps » offrant à leurs utilisateurs de nouvelles façons de connaître, de percevoir, et d’interagir avec le monde physique. Le développement d’applications dans tous les secteurs permet la livraison plus efficace de multiples services et l’augmentation significative de la productivité du travail.

2. L’automatisation des tâches nécessitant certaines formes d’analyse et de connaissance : intelligences artificielles, apprentissage des machines, interfaces intuitives (comme la reconnaissance vocale) permettent aux machines de réaliser de nombreuses tâches jusque-là réservées aux êtres humains. Ceci ouvre des possibilités inédites sur la façon dont le travail de connaissance est organisé et effectué.

3. L’internet des objets : ou comment intégrer des capteurs et servomoteurs dans les machines et autres objets physiques pour récolter une masse exponentielle de données sur le comportement des individus. Créer de nouveaux services, améliorer la performance, développement de l’e-santé et réduction des coûts de la prise en charge des maladies chroniques, le potentiel est infini.

4. Le Cloud : toute application ou service informatique peut aujourd’hui être livré à travers un réseau ou l’internet, sans nécessité de logiciels ou de puissance de traitement locale. Le Cloud permet la croissance explosive de services basés sur l’Internet, de la recherche au streaming en passant par le stockage de données personnelles.

5. Les systèmes intelligents et robotique avancée : de nouveaux robots apparaissent, dotés de plus de sens, de dextérité et d’intelligence. Plus compacts, adaptables, ils peuvent désormais être utilisés en toute sécurité aux côtés des travailleurs. A terme, ils pourront remplacer certaines tâches ingrates (maintenance, nettoyage) ou ardues (robots chirurgicaux), voire certains membres humains (prothèses robotiques ou « exosquelettes »).

Cette belle idée du Schengen des données personnelles

Lors du colloque du Syntec d’octobre 2013, Thierry Breton a exposé la proposition qu’il avait faite en juillet, suite à l’affaire Prism, de mettre en place un espace Schengen pour les données. Un tel accord vise à garantir la libre circulation des données entre les pays européens et parallèlement, à renforcer les contrôles vers l’extérieur pour éviter toute fuite ou toute mise en danger des données. « Les données, c’est de l’or numérique. Leur exploitation va créer de l’énergie, des emplois, etc. Pour l’extérieur de l’Europe, il faut que ces données soient stockées et traitées sur le territoire européen, pour pouvoir les contrôler », nous a expliqué Thierry Breton.

La révolution des NTIC et l’explosion des données sont une opportunité sans pareil. Nous n’avons encore qu’un petit aperçu de la manière dont elles vont changer nos vies au quotidien : enseignement par internet, médecine à distance, smart grid et smart city, pilotage de l’efficacité énergétique, « réalité augmentée », participation des citoyens aux décisions… Les NTIC participeront d’un mieux-être général dans la société, à condition que nous ne soyons pas trop naïfs.

Nous savons que certains acteurs des télécoms ne garantissent pas la sécurité des données. Certaines entreprises chinoises comme Huawei ou ZTE ont déjà été condamnées dans le monde pour avoir vendu des équipements qui ne garantissent pas un niveau suffisant de cybersécurité. Nos données stratégiques doivent être protégées, que ce soit celles de l’Etat, celles des entreprises stratégiques pour notre souveraineté ou celles de nos concitoyens. Les technologies du Cloud ne nous apporteront tous leurs bénéfices que si nous pouvons être certains que personne ne peut s’emparer et utiliser nos données.

Face à ces difficultés, le PDG d’Atos réaffirme que les données stratégiques doivent être stockées à l’intérieur des frontières de l’Union Européenne. L’idée de Thierry Breton est une proposition forte qui intervient au bon niveau : à l’échelle européenne. Les grands acteurs comme Amazon ou Google auraient l’obligation de stocker leurs données en Europe, faute pour l’instant d’avoir des standards qui correspondent aux exigences européennes. Cette idée d’un Schengen répond non seulement à un besoin fort en termes de sécurité industrielle, mais c’est aussi un marqueur de la confiance des Français face à l’avenir et aux mutations économiques en cours. Pas moins de 77% des Français affirment douter de la sécurité de leurs données personnelles (sondage BVA pour Syntec Numérique en avril 2013). C’est devenu l’une de leurs premières préoccupations.