David Layani sur RTL : “Je suis né entrepreneur”

Invité sur RTL dans l’émission d’Yves Calvi, j’ai pu revenir sur mon parcours et défendre la volonté de changement et de transformation qui traverse la France. Bien sûr, de nombreux efforts restent à faire, à commencer par le remplacement constitutionnel du “principe de précaution” par le “principe d’innovation”.

Le principe de précaution, au risque de la croissance zéro ?

HP

 

 

Ma tribune dans le Hunffington Post :

Le principe de précaution s’est retourné contre tous

Si pour Socrate, “le bonheur, c’est l’absence de malheur”, l’économiste Daniel Cohen relève cette contradiction : si éviter le malheur devient le principe de précaution, cela est-il compatible avec la croissance et au final le bonheur ? L’atonie économique actuelle de notre pays, les blocages de notre société, peuvent se lire à la lumière de cette interrogation. Le caractère pesant de nos normes, l’absence de prime à l’innovation, le refus de la prise de risque, et son corollaire, le déni de la deuxième chance, ne sont pas intrinsèquement liés au principe de précaution. Mais ils témoignent tous de la même imprégnation morbide de notre société…

Lorsqu’il a été inscrit en 2005 dans la Constitution, le principe de précaution répondait à une forte demande sociale, qui faisait suite à des scandales sanitaires et environnementaux (vache folle, sang contaminé…). Mais il a été bien vite détourné de sa définition originelle. D’un principe d’action, qui doit permettre d’évaluer le risque pour une action plus éclairée, il est devenu un principe d’inaction fasciné par la chimère du risque zéro. Pourtant, Hans Jonas, dans son Principe de Responsabilité, réserve l’inaction à la présence avérée d’un “risque total”. En théorie toujours, le principe de précaution ne valait qu’en cas de “coût économique acceptable” pour l’entreprise (loi Barnier de 1995). Dans la réalité pourtant, le principe de précaution a sanctuarisé, au sein même de la Constitution, la crainte généralisée. Devenu une contrainte juridique universelle, il s’est retourné contre tous.

La France a produit son propre frein économique

Ne pas exploiter les gaz de schiste est une chose, ne pas accepter de faire des recherches, c’est là que commencent l’excès et l’irrationnel. Sans recherche, nous prenons du retard sur les autres pays, et nous nous laissons piéger par le dogmatisme. Nous montrons surtout que nous n’avons plus confiance ni dans les progrès scientifiques et technologiques, ni dans la responsabilité politique. Que nous préférons désormais la prudence à l’espoir de la croissance. Que nous sommes en train de perdre confiance dans le progrès à venir, car, comme le note Edgar Morin, “la connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, non en l’exorcisant”.

L’application radicale du principe de précaution a renversé la charge de la preuve : les entreprises, les chercheurs, les industriels sont dans l’obligation, avant d’agir, de donner les preuves de l’innocuité de leurs activités. Les entreprises ne peuvent plus être dans le temps de l’innovation, celui où il faut accélérer et mettre les forces en action. Elles sont dans ce temps stérile où elles consacrent des ressources à anticiper et contourner les freins juridico-administratifs.

Pire encore pour l’avenir de notre pays, la constitutionnalisation du principe de précaution a diffusé, par capillarité, la peur du risque dans toute la société. Elle fait peser des menaces sur tout preneur de décision, en particulier dans les domaines de la santé et des technologies. La conséquence immédiate de cette diffusion de la crainte, c’est la suspension des grands programmes de recherche. Jean-Marc Petat, directeur de la communication Corporate et affaires publiques de BASF France, confiait ainsi à Novethic : “nous n’investissons pas dans de grands projets de recherche en France parce que nous n’avons aucune visibilité sur le comportement des autorités”.

La conséquence plus insidieuse, c’est l’omniprésence de ce climat de paralysie et d’aversion au risque. En mars 2012, un sondage Ipsos nous apprenait que 73 % des jeunes de 15 à 30 ans souhaitaient devenir fonctionnaires ! La fonction publique doit rester une vocation en soi, un service d’excellence. Ce sondage exprime une demande inédite de sécurité et de confort. Dès le plus jeune âge, le risque n’est plus acceptable socialement.

Dissocier le risque du danger

Avec les grandes figures des patrons et des traders voyous, les médias contribuent à diaboliser le risque au sein des entreprises. Ces dernières, aidées des lobbies, font tout pour qu’aucune décision de gestion ne puisse être considérée juridiquement comme un risque.

Or pour un entrepreneur, il n’y a rien de plus contre-intuitif que cette aversion au risque. Le risque est consubstantiel à l’entreprise et à la création de valeur. Le Professeur René Frydman commentait l’interdiction des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines : “dans toute innovation, il y a une part de risque. Si vous le supprimez, il n’y aura plus d’innovation”.

Naturellement, on ne peut que soutenir les différentes propositions pour inscrire, aux côtés du principe de précaution, un principe d’innovation dans la Constitution. Ce principe d’innovation devrait s’appliquer non seulement aux innovations technologiques, mais aussi au domaine de la recherche. Interdire la recherche, dans quelque domaine que ce soit, c’est le premier signe d’un pays qui capitule.

Parallèlement, il est urgent de dissocier la notion de risque de celle de danger. En France, la vie de l’entreprise, ces décisions et ses échecs sont considérés comme de grands dangers. Par exemple, l’entrepreneur est caution personnelle lorsqu’il créé son entreprise. En cas d’échec, non seulement il est en danger financièrement, mais il peut se voir condamner par le Tribunal de Commerce à une interdiction de créer toute nouvelle entreprise. L’entrepreneur prend des risques, mais il n’est pas un danger. Nous devons alléger la pénalisation qui menace l’entrepreneur.

Les lourdes peines qui sanctionnent l’échec de l’entrepreneur s’ajoutent aux risques juridiques du principe de précaution. Il nous faut recréer, en France, la possibilité pour un entrepreneur d’avoir une deuxième chance. Les générations Y et Z, centrées sur le résultat, nous aideront sans doute à mieux inverser notre appréhension collective du risque. Pour que, face au risque, nous ne ressentions pas qu’un instinct de protection, mais aussi l’énergie du défi et de l’envie. Pour que nous ayons encore la possibilité de croire en un élan collectif qui a rassemblé les Français depuis des siècles : le progrès.

David Layani cité dans Le Point

Reynié : “L’État et la société civile ne se comprennent plus”

Directeur de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié organise le 16 novembre, à Paris, un événement inédit baptisé “Le progrès, c’est nous !”.

Propos recueillis par SÉBASTIEN LE FOL

Le Point : La Fondapol revendique le progrès. Pourquoi ? Cela ne va pas de soi ?

Dominique Reynié : Non, l’idée de progrès ne va pas de soi, et c’est pourquoi nous lui consacrons le grand événement de la Mutualité. Au-delà des résultats du progrès, aujourd’hui c’est l’idée même qui est plus souvent attaquée, voire rejetée ; les bienfaits du progrès peuvent être contestés. D’autres voient en lui un “changement” subi. Ils le vivent comme une normalisation douloureuse, voire autoritaire, ils éprouvent un arrachement ou une perte. Il est vrai que le progrès ne désigne qu’un processus de déploiement ; cela ne dit rien de sa qualité intrinsèque : un mal peut progresser, un bien peut progresser.

Si la France veut retrouver le chemin du progrès, ne devrait-elle pas commencer par supprimer le principe de précaution ?

Certainement ! En 2004, nous avons inscrit dans la Constitution l’idée que l’innovation est a priori soupçonnable ; nous nous sommes engagés sur la voie d’une constitutionnalisation du refus du risque. Cela revient sinon à interdire du moins à brider les qualités et les dispositions qui permettent à une nation de prospérer. La menace que fait peser le principe de précaution sur toute personne amenée à prendre une décision, de l’entrepreneur au directeur d’école, favorise l’attentisme, l’indécision, l’inaction. Le principe de précaution encourage une culture de l’abstention. C’est la mouche tsé-tsé piquant toute une nation. Quel retournement si l’on songe que, depuis la Renaissance et au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’esprit français a porté avec tant d’éclat et de puissance les idées d’humanité, de raison et de liberté !

Dans quelle mesure le système étatique français hypercentralisé est-il un frein au progrès ?

En effet, l’étatisme est l’idéologie française par excellence. Là est bien notre véritable pensée unique ! Nul n’aura l’idée de contester la nécessité absolue d’un État, mais l’étatisme, c’est autre chose ! C’est une conception particulière de la puissance publique et de son rôle, fondée sur une défiance envers la société civile. Pour la pensée étatiste, rien de bien, rien d’important ne se fait sans l’État. Vous fâcherez un étatiste en soutenant que, au cours de la dernière décennie, Microsoft, Apple ou Google ont plus changé la France que toutes les politiques publiques supposées réformistes. L’étatiste comprend très difficilement que l’intérêt général puisse émaner de l’activité d’entrepreneurs, d’associations, d’individus, etc., toujours soupçonnés d’agir pour de vils motifs particuliers et privés… Si, dans l’Histoire, l’étatisme a pu donner le jour à la figure d’une puissance publique souveraine et majestueuse, aujourd’hui, la seule puissance dont l’État est capable a pour principal visage l’excès fiscal et la profusion réglementaire ! Or, c’est cet État hypercentralisé, parisien, tatillon et dirigiste qui bride voire empêche aujourd’hui le déploiement de l’immense force créatrice portée par la société civile. On lit souvent que les Français ne font pas confiance à leurs responsables politiques, mais on sait moins que, de même, ils estiment que les responsables politiques ne leur font pas confiance. La défiance de l’État et des responsables publics envers la société civile est devenue un obstacle pour notre pays. Bien des problèmes que nous cherchons vainement à résoudre disparaîtront lorsque l’État décidera de faire confiance aux Français, de les laisser faire.

Quelle est la part de responsabilité des élites ?

Lorsque l’on parle des “élites”, généralement pour les dénoncer, les contours du monde désigné ne sont pas très clairs. Ces “élites” problématiques ne sont pas toutes les élites mais une partie seulement. Ce sont en fait les élites sociales du monde de la haute administration, de la grande entreprise, de la politique, de la culture et des médias nationaux. Sociologiquement, leur ancrage parisien les place à une grande distance culturelle et sociale du reste de la société. Elles sont largement liées au sommet de l’État, dont elles partagent souvent la culture centralisatrice et l’esprit dirigiste. Ce n’est pas nécessairement une spécificité française ; en revanche, plus singulier est le rôle quasi exclusif joué par l’excellence scolaire dans la définition des élites. Il y a pourtant d’autres formes de réussites aussi remarquables que l’école. C’est peu dire qu’elles ne sont pas reconnues. Voyez, par exemple, le parcours d’un David Layani [créateur de la société de conseil OnePoint], qui n’a pas eu besoin de concours ou de palmes académiques pour devenir un entrepreneur d’exception. Au coeur de l’école, l’enseignement a laissé s’installer une idéologie dominante de type étatiste, où le moins qu’on puisse dire est que le jugement porté sur l’entreprise et les entrepreneurs ne risque pas d’attiser la curiosité de nos enfants qui voudraient devenir entrepreneurs. Par bonheur, tous les enfants n’écoutent pas toujours leurs maîtres ! Bien des enseignants parleraient autrement de l’entreprise s’ils connaissaient Frédéric Lippi, “entrepreneur libertaire”, Ranzika Faïd, créatrice de Mobil’ Douche, pour offrir, selon ses termes, la “dignité” aux SDF, ou encore l’agricultrice aveyronnaise Sarah Singla, et tant d’autres… Non seulement la réussite scolaire joue chez nous un rôle exorbitant, mais l’excellence scolaire est elle-même dominée par la culture de l’État, au point que nos trois plus prestigieuses “grandes écoles” sont toutes des écoles d’État formant aux métiers de l’État : l’École normale supérieure, l’École polytechnique et l’École nationale d’administration. La vigueur du conflit fiscal que nous vivons aujourd’hui tient aussi au fait qu’il oppose deux mondes sociaux qui ne s’estiment pas et ne se comprennent plus, l’État et la société civile.

Le populisme est-il un refus du progressisme ?

Le populisme est une protestation liée, en effet, à une phase de profond changement économique et social. Ces périodes de bouleversement historique font des gagnants et des perdants. Les gagnants qualifient ce changement de progrès quand les perdants y voient au contraire un déclin. Ceux qui perdent ont peu de chances de se rétablir un jour, d’où cette rage dont les entrepreneurs en populisme font leur miel, très cyniquement.

“Le progrès, c’est nous !”. Le samedi 16 novembre jusqu’à minuit, 170 intervenants se succéderont sur scène : penseurs, artistes, entrepreneurs… Programme et inscription impérative sur le site : www.fondapol.org. Entrée gratuite.