Aux côtés des entrepreneurs, des intrapreneurs… Place aux systempreneurs ?

Face aux bouleversements économiques, écologiques et sociétaux actuels, et à l’heure où la perte de confiance des électeurs dans leurs élus est abyssale, un nouveau genre d’experts est né… Charmian Love est la cofondatrice et directrice de Volans, une entreprise spécialisée sur les secteurs de l’innovation, de l’entreprenariat et du développement durable. Rachel Sinha est la cofondatrice du « Finance Innovation Lab », incubateur d’idées innovantes dans le secteur financier. Elles proclament haut et fort : le politique est mort, vivent les « systempreneurs ».

Comme leurs cousins proches, les entrepreneurs et les intrapreneurs, les « systempreneurs » mobilisent des ressources et cherchent des solutions innovantes pour relever de grands défis. Mais plutôt que de se concentrer (comme le font les entrepreneurs) sur les challenges posés par la croissance de l’entreprise, ou (comme le font les intrapreneurs) sur les processus de changement internes à l’organisation, les « systempreneurs », eux, se focalisent sur les grands enjeux politiques, économiques et sociétaux de notre temps, et sur les changements systémiques que ces enjeux requièrent. De la santé à la finance, les « systempreneurs » s’attachent à trouver des voies d’amélioration globales et ingénieuses par l’application d’un esprit entrepreneurial – c’est-à-dire, ambitieux et innovant – à de grandes questions structurantes.

Considérons, par exemple, le « Finance Innovation Lab » : pour financier plus démocratique, plus responsable et plus juste, Rachel Sinha a créé un programme d’accélérateur d’entreprises qui soutient des business modèles nouveaux apportant de la diversité au système financier, et permettant aux acteurs civils de faire contrepoids aux lobbys déjà installés.

Autre exemple : David Porter, « systempreneur » chez Health care venture fund, s’intéresse depuis quelques années aux crises dans les différents systèmes de santé mondiaux, des crises dues en grande partie au vieillissement des populations. Ses travaux éclairent un certain nombre de pistes possibles par lesquelles l’innovation et l’esprit entrepreneurial peuvent aider à relever le grand défi posé par le « tsunami d’argent » (Près d’un travailleur américain sur trois sera âgé de plus de 50 ans en 2012).

Les « systempreneurs » partagent l’idée que, habilement mêlés à une bonne dose de volonté politique, le sens des affaires et l’esprit entrepreneurial aideront à la création d’un système capitaliste adapté aux défis à venir. Tous, d’après C. Love et R. Sinha, possèdent la faculté spécifique de dessiner un chemin, une voie d’action, à travers une complexité souvent paralysante.

Pour cela, ils sont d’ailleurs généralement des maîtres en communication : ils parviennent à concilier des points de vue à priori inconciliables en créant des espaces « neutres » dans lesquels les pionniers peuvent se rencontrer, tester leurs idées, raffiner leurs opinions, créer des alliances improbables et se focaliser sur l’objectif, c’est-à-dire sur l’action en vue du changement.

L’architecte, inventeur futuriste et américain Richard Buckminster Fuller écrivait : « On ne change jamais les choses en luttant contre la réalité existante. Pour changer quelque chose, construis un modèle nouveau qui rend le modèle existant obsolète ».

Les « systempreneurs » développent des activités novatrices susceptibles de jouer un rôle clé dans tout changement systémique (« The Civic Foundry », un mouvement qui permet aux citoyens de créer de nouveaux services pour aider les communautés locales), ils expérimentent dans le domaine des services publics puis importent les résultats de ces expérimentations dans les secteurs publics existants (« Participle » dans le domaine du vieillissement), ils soutiennent l’émergence de nouveaux marchés (le « Criterion Institute », qui entend « réinventer l’économie en impliquant à la fois les individus et les institutions »).

La plupart de nos systèmes – énergie, finance, alimentation – ont été conçus à une époque où les questions d’environnement, de développement durable et de répartition des richesses n’avaient pas l’urgence qu’on leur connait aujourd’hui. En abordant ces questions cruciales avec l’optimisme, l’énergie, l’ambition et la prise de risques propres à l’esprit entrepreneurial, les « systempreneurs » sont peut-être appelés à jouer un rôle déterminant dans la recherche de solutions viables et le contournement des dynamiques de pouvoir stériles et obsolètes.

Comment passer d’une PME à une ETI: lever les freins de la croissance

La Tribune

Ma publication dans La Tribune

Développer les PME passe par la lutte contre les freins institutionnels et stratégiques.

Les Français placent désormais très majoritairement leur confiance entre les mains des chefs d’entreprises. 81 % d’entre eux font d’abord confiance aux patrons de PME pour sortir la France de la crise*. La croissance ne se redressera que sur les liens d’une nouvelle confiance collective qu’il nous faudra bâtir. Comme le disait Jean-Paul Sartre : “La confiance se remplit par goutte et se déverse par litres”.

Les PME de moins de 250 personnes représentent plus de la moitié des emplois et de la création de valeur ajoutée de notre pays. Pourtant, en 2013, 63 100 entreprises ont fait défaillance, soit une augmentation de 3 %*. On connaît la lourde insuffisance des ETI (entreprises de taille intermédiaire) en France par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. Le décalage est aussi frappant pour le nombre d’entreprises exportatrices : 80 000 en France, contre 150 000 en Italie et 750 000 en Allemagne***.

Libérer la croissance des PME

6 ans après le rapport Attali, la nécessité de libérer la croissance française – et en particulier celle des PME – s’est imposée. Pourtant, les chiffres résistent. Certaines entreprises implantées sur un marché de proximité n’ont pas vocation à grandir. Pour toutes les autres, lever les freins de la croissance est devenu une urgence économique nationale et un enjeu de cohésion sociale de plus en plus évident.

Les freins aux PME sont d’abord internes à l’entreprise. Le premier frein prévisible c’est, pour un chef d’entreprise, de concevoir le développement de son entreprise, sans en accepter les risques inhérents. Face aux grands choix stratégiques, une entreprise survit parce qu’elle a su apprivoiser le risque et l’intégrer à sa stratégie, rarement parce qu’elle l’a fui ou cédé. Ce constat appelle une réflexion sur la conception du risque dans notre imaginaire collectif et concrètement, sur la manière dont il est traité dans les grandes formations économiques du pays.

Les PME doivent anticiper leurs choix stratégiques

Le second frein des PME, c’est la difficulté à s’extraire des opérations pour formuler une ambition. L’entreprise est un organisme vivant. La diriger et la faire grandir exige d’anticiper en permanence. Déterminer un cap, avoir une ambition forte, c’est l’essence même de la mission du chef d’entreprise. Anticiper, c’est s’entourer de collaborateurs qui permettront d’atteindre les objectifs de demain. A la veille de chaque choix stratégique, le chef d’entreprise doit répondre à cette question : les décisions d’aujourd’hui sont-elles les freins de demain ? Prenons l’exemple de la levée de fonds. C’est la tentation de nombreuses entreprises pour accélérer leur croissance mais aussi pour limiter la solitude du décideur. Elle est parfois nécessaire. Et pourtant, le capital doit être protégé pour sa capacité à faire levier pour l’entreprise dans le futur, et permettre au chef d’entreprise de décider vite et librement.

Si ces freins internes sont souvent sous-estimés, c’est qu’il existe des freins externes évidents qui pèsent considérablement sur le développement des PME. Le premier d’entre eux, c’est la difficulté pour les entreprises à recruter. Elle relève d’une part de la forme juridique actuelle du CDI, qui durcit le clivage entre ceux qui en détiennent et ceux qui n’en détiennent pas. Il créé de facto des inégalités lourdes devant les banques et le logement. Le CDI ne permet pas aujourd’hui d’anticiper des conditions stables et prévisibles de séparation. Autrement dit, si on interdit le divorce, il n’y aura plus de mariage.

La mobilité pour lutter contre le chômage

Cette difficulté à recruter est amplifiée par une action publique encore insuffisante en matière de mobilité des personnes. Pour rééquilibrer l’offre et la demande sur les territoires, il est indispensable d’inciter les Français à être plus mobiles. Cela pourrait se concrétiser dans une Agence Nationale transverse qui les accompagne pour leur déménagement, les recherches d’emploi du conjoint, l’école des enfants… C’est l’une des clés encore peu exploitées de la lutte contre le chômage.

D’autres dispositions plus techniques permettraient de lever les freins de la croissance pour les PME : les seuils par exemple qui imposent de nouvelles obligations administratives dès qu’une entreprise passe à 10 et à 50 salariés. Manuel Valls a d’ores et déjà annoncé un moratoire sur le seuil des 10 personnes. Ces seuils représentent des barrières psychologiques qui enchérissent la perception et la réalité du risque encouru par un chef d’entreprise. La simple décision de relever ces deux seuils serait une mesure efficace, sans demander le moindre investissement en fonds publics.

Une réforme pour accéder facilement aux marchés publics

Evoquons aussi la création d’un Small Business Act qui permettrait aux PME d’accéder plus facilement aux marchés publics. D’aucuns objectent qu’une telle mesure n’est pas techniquement possible au niveau national. Inscrivons donc un Small Business Act à l’échelle européenne, le résultat sera aussi efficace. La probabilité qu’une PME allemande tente de contracter avec l’administration française reste faible compte tenu de l’éloignement, de la complexité et de la différence de cultures. Mécaniquement, les PME françaises tireront, en France, tous les bénéfices d’une telle législation.

La perception du rôle des entreprises dans la croissance économique s’affranchit enfin des clivages politiques. Le pays est prêt. Il est de notre responsabilité de chef d’entreprise de saisir cette opportunité, jamais le pays ne nous a autant attendus. Le temps n’est plus à la surprotection, ni à la peur : « il n’y a pas de réussites faciles ni d’échecs définitifs » disait Marcel Proust. Désormais, le temps est à l’audace et à l’acceptation du risque. Les pouvoirs publics ne peuvent pas effacer la solitude du chef d’entreprise. Mais ils se doivent de limiter les incertitudes et de tout faire pour que les entreprises puissent rester toujours en mouvement. C’est la première condition de leur survie.

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*Sondage TNS Sofres pour l’Observatoire de la confiance (vague de juin 2013).

**Raport Deloitte Altares 2013.

***Rapport HSBC sur les freins à la croissance des PME (2013).

 

 

 

“Monsieur Gattaz, ne vous trompez pas de combat !”

HP

Ma tribune dans le Huffington Post :

Pierre Gattaz, le président du MEDEF, a fait de la modération salariale l’un de ses chevaux de bataille pour l’emploi. Bien sûr, l’entreprise ne peut pas augmenter sa masse salariale sans croissance, ni embaucher si tous ses bénéfices servent à augmenter les salaires. En cela, la déclaration de Monsieur Gattaz est compréhensible si l’on se place du côté de l’employeur, en évoquant le coût du salaire pour l’entreprise; mais est-elle acceptable du point de vue du salarié ? Et surtout, faut-il faire de ce constat économique une position politique ? Je ne le crois pas.

Pierre Gattaz se trompe de combat : pour le patron, comme pour le salarié, l’objectif est le même, la réduction de charges trop élevées qui obèrent la croissance de l’entreprise dans un cas, le pouvoir d’achat dans l’autre cas. Le coût du travail pour l’employeur et le salaire que touche l’employé ne sont pas des vases communicants ; d’un côté comme de l’autre, les charges sociales pèsent sur le résultat final. Désignons un objectif commun, plutôt que de redonner corps à une opposition entre les intérêts des patrons et ceux des salariés, qui sont justement en train de converger vers un seul intérêt, celui de l’entreprise.

La baisse des charges, patronales comme salariales, voici notre combat. Cette baisse doit servir à restaurer la compétitivité des entreprises, pour gagner les marchés, elle doit servir à restaurer les marges, pour investir dans l’avenir, mais elle doit aussi servir à augmenter le pouvoir d’achat autant qu’à rester attractifs pour nos talents. Et la politique du Gouvernement peut, heureusement, agir sur l’augmentation des salaires, sans enchérir le coût du travail pour l’entreprise. Comme il peut d’ailleurs diminuer massivement le coût du travail sans toucher aux revenus du salarié.

C’est l’exemple du SMIC. Il est là encore dommage que le MEDEF propose un “sous-SMIC” au moment même où le Gouvernement veut supprimer les charges sur ces salaires à partir du 1er janvier 2015. Cela signifie réduire le coût d’un salarié au SMIC de 30% pour l’employeur, sans toucher aux revenus de l’employé. C’est l’exemple même de ce qu’il reste à faire, de manière générale, pour répondre à la problématique de compétitivité en faisant baisser le coût du travail, tout en préservant le pouvoir d’achat du salarié. Il reste bien trop de sujets de discussion avec le Gouvernement pour prendre le risque de relancer des débats stériles, au moment même où l’entreprise est enfin devenue un objet politique identifié, et non le réceptacle d’affrontements catégoriels.

A titre personnel, je rêve au contraire d’une croissance salariale pour mes employés! Je rêve qu’ils puissent ainsi augmenter leur pouvoir d’achat, relancer la croissance, participer d’un regain de confiance de notre pays. Et c’est une question de productivité dans des régions comme l’Ile-de-France ou dans de grandes villes où le transport comme le logement sont chers! Alors, oui, je suis favorable à l’augmentation bien plus soutenue des salaires. Mais je ne pense pas que ce soit à l’entreprise seule d’en supporter le poids, au risque d’annihiler l’effet de la baisse des charges sur la compétitivité. Je pense plutôt que nous devons poursuivre l’effort de baisse des charges, en nous intéressant à la différence entre le brut et le net.

Voici un moyen de redonner du pouvoir d’achat à nos salariés. Faut-il rappeler que la part de cotisations sociales qu’ils paient, équivalente à 23% du salaire brut en moyenne, représente parfois plus que le taux total des cotisations sociales chez certains de nos voisins européens? Les propositions relatives à une TVA sociale, ou à toute autre forme de fiscalisation large des recettes de la sécurité sociale, doivent être remises sur la table avec cet objectif. Cela permettrait d’augmenter les salaires nets -sans même entrer dans la question du revenu après impôt, sur lequel le Gouvernement semble là aussi enfin prêt à faire un effort, en commençant par les bas revenus.

Réduire le coût du travail ne signifie pas mécaniquement augmenter les salaires, c’est vrai. Mais il faut que la politique d’abaissement des charges profite à tous. Ce n’est pas seulement un enjeu de compétitivité extérieure. C’est la clef de la création et du développement des entreprises. Et cela doit devenir la réponse au niveau bas du pouvoir d’achat dans notre pays.

Nous devons au contraire faire adhérer tous nos concitoyens, et en premier lieu nos salariés, au projet de redressement de leurs entreprises, de notre économie. Pour eux aussi, le premier combat doit être celui de la réduction des charges sociales. Unissons nos forces pour réformer notre modèle!

David Layani cité parmi les nouvelles voix des entrepreneurs

Modération salariale de Pierre Gattaz : de nouveaux entrepreneurs français en désaccord !

Chronique de Nicolas Ruscher
Spécialiste ès nouveaux médias & économie numérique, NR Consulting

En prenant position pour la modération salariale et une diminution du SMIC, le MEDEF de Pierre Gattaz entend réduire les coûts supportés par l’entreprise. Ces propositions, qui risquent surtout d’augmenter le clivage salarié/dirigeant, ne font pas l’unanimité auprès de tous les patrons.

De nouveaux entrepreneurs du numérique, à l’image de Gilles Babinet ou David Layani, revendiquent une vision du patronat bien éloignée de celle prônée par le syndicat patronal. Un sondage publié par Opinion Way en juin 2013, interrogeant plus de 400 chefs d’entreprises, avait ainsi montré que la priorité principale des patrons restait la diminution des charges sur le travail. Une baisse des charges qui doit rester l’élément moteur, vecteur de croissance, des entreprises françaises.

Les positions du Medef ne représentent pas l’ensemble du patronat

Dans une interview au JDD datée du 11 mai, Pierre Gattaz prône une généralisation du principe de modération salariale à l’ensemble des entreprises. Selon lui, l’augmentation des salaires ne devrait pas excéder 1 % par an et être calée sur l’inflation. Des positions qui mettent en avant la vision actuelle du MEDEF : plutôt que de voir l’entreprise comme un tout dans laquelle l’ensemble des collaborateurs auraient une direction commune, le syndicat des patrons dirigé par Pierre Gattaz favorise le clivage entre patronat et salariés. La modération salariale appliquée à l’ensemble des salariés aurait ainsi des répercussions en terme de plan de carrière ou de pouvoirs d’achat, ceci au détriment de la croissance. Le véritable vecteur de croissance des entreprises doit rester la baisse des charges sur le travail et devenir la véritable cause commune de l’ensemble de l’entreprise.

Les prises de positions de Pierre Gattaz sont surtout sensées représenter le point de vue de l’ensemble des dirigeants français : de plus en plus d’entrepreneurs français ne s’y retrouvent pourtant pas. Si le MEDEF est sensé représenter l’ensemble du patronat, les petites et moyennes entreprises, notamment celles du secteur numérique, restent particulièrement sous-représentées par le syndicat patronal. Financé à hauteur de 43 % par le paritarisme, les fédérations les plus puissantes comme l’UIMM gardent la main mise sur l’organisation patronale, avec des répercutions logique en terme de représentativité.

De nouveaux entrepreneurs du numérique s’opposent à la vision du patronat de Pierre Gattaz

Les acteurs français de l’économie numérique, auraient pourtant largement besoin d’être soutenus auprès des institutions publiques : la France, qui pointe à la 19ème place au classement des nations en terme de développement numérique, n’est pas à la place qu’elle mérite malgré ses atouts en matière de formation, d’ingénieurs, d’innovation numérique ou encore de par son fort noyau d’entrepreneurs. Particulièrement ces acteurs du numérique en France ont souvent une vision bien différente de l’entreprise, des stratégies de croissance ou des relations humaines de celles des entreprises plus « traditionnelles » reprises par le MEDEF.
Des acteurs clés du numérique français se sont positionnés dans ce sens afin que leurs revendications soient mieux prises en comptes par le syndicat patronal et prendre leur distance avec les positions de Pierre Gattaz, notamment vis à vis de la modération salariale. Guy Mamou-Mani, président du Syntec Numérique (syndicat de l’industrie du numérique qui regroupe 1200 entreprises du secteur) le regrette : « pendant des années, l’un de nos grands enjeux a été de sensibiliser le Medef aux problématiques du digital…

Le Medef a accepté le diktat de l’UIMM considérant que le secteur des services n’avait qu’à payer

Ce type de décision nuit à notre compétitivité. Cela favorise les offres offshore donc celles des concurrents étrangers. Heureusement, l’un des grands thèmes de la prochaine université d’été du Medef sera le numérique. » Peu après son arrivée à la tête du Medef, Pierre Gattaz décidait pourtant de retirer la thématique numérique prévue de son université d’été. Même constat pour son pacte de responsabilité publié au mois de mars où n’apparaît pas une seule référence au numérique dans les 25 engagements du MEDEF pour le pacte de responsabilité.
David Layani, président du Groupe Onepoint spécialisé dans le conseil et les services numériques (800 collaborateur dans le monde), a lui aussi une vision du patronat et de l’entreprise bien différente de celle prônée par le MEDEF. Il fait partie de ces jeunes entrepreneurs (à 35 ans, il a déjà 12 ans d’expérience à la tête de son groupe), soucieux du partage des richesse et d’une collaboration active de ses employés aux objectifs de l’entreprise. La culture de son groupe s’articule autours de trois axes : engagement, agilité et métissage. Dans une tribune publiée dans le Huffington Post, David Layani se positionne à contrario des positions sur la modération salariale de Pierre Gattaz : « à titre personnel, je rêve au contraire d’une croissance salariale pour mes employés! Je rêve qu’ils puissent ainsi augmenter leur pouvoir d’achat, relancer la croissance, participer d’un regain de confiance de notre pays. (…) Je pense plutôt que nous devons poursuivre l’effort de baisse des charges. Nous devons au contraire faire adhérer tous nos concitoyens, et en premier lieu nos salariés, au projet de redressement de leurs entreprises, de notre économie.”».

Autre personnalité du numérique à s’être exprimé sur le sujet : Gilles Babinet, Digital Champion et responsable des enjeux de l’économie numérique pour la France auprès de la Commission Européenne, réclame lui aussi une meilleure représentativité du secteur numérique et des PME au sein du syndicat patronal : « Au sein du Medef, je constate cependant que les préoccupations des entrepreneurs divergent souvent radicalement de celles des managers d’entreprises, du CAC 40 par exemple. Ce sont deux statuts qui n’ont que peu à voir ; personnellement, je n’ai rien à voir avec le comportement et les idées de certains patrons de grandes entreprises françaises (…) Le Medef doit faire le grand écart entre les intérêts des grandes entreprises et ceux des petites. Et comme je viens de le dire, ce ne sont pas du tout les mêmes. »

Le principe de précaution, au risque de la croissance zéro ?

HP

 

 

Ma tribune dans le Hunffington Post :

Le principe de précaution s’est retourné contre tous

Si pour Socrate, “le bonheur, c’est l’absence de malheur”, l’économiste Daniel Cohen relève cette contradiction : si éviter le malheur devient le principe de précaution, cela est-il compatible avec la croissance et au final le bonheur ? L’atonie économique actuelle de notre pays, les blocages de notre société, peuvent se lire à la lumière de cette interrogation. Le caractère pesant de nos normes, l’absence de prime à l’innovation, le refus de la prise de risque, et son corollaire, le déni de la deuxième chance, ne sont pas intrinsèquement liés au principe de précaution. Mais ils témoignent tous de la même imprégnation morbide de notre société…

Lorsqu’il a été inscrit en 2005 dans la Constitution, le principe de précaution répondait à une forte demande sociale, qui faisait suite à des scandales sanitaires et environnementaux (vache folle, sang contaminé…). Mais il a été bien vite détourné de sa définition originelle. D’un principe d’action, qui doit permettre d’évaluer le risque pour une action plus éclairée, il est devenu un principe d’inaction fasciné par la chimère du risque zéro. Pourtant, Hans Jonas, dans son Principe de Responsabilité, réserve l’inaction à la présence avérée d’un “risque total”. En théorie toujours, le principe de précaution ne valait qu’en cas de “coût économique acceptable” pour l’entreprise (loi Barnier de 1995). Dans la réalité pourtant, le principe de précaution a sanctuarisé, au sein même de la Constitution, la crainte généralisée. Devenu une contrainte juridique universelle, il s’est retourné contre tous.

La France a produit son propre frein économique

Ne pas exploiter les gaz de schiste est une chose, ne pas accepter de faire des recherches, c’est là que commencent l’excès et l’irrationnel. Sans recherche, nous prenons du retard sur les autres pays, et nous nous laissons piéger par le dogmatisme. Nous montrons surtout que nous n’avons plus confiance ni dans les progrès scientifiques et technologiques, ni dans la responsabilité politique. Que nous préférons désormais la prudence à l’espoir de la croissance. Que nous sommes en train de perdre confiance dans le progrès à venir, car, comme le note Edgar Morin, “la connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, non en l’exorcisant”.

L’application radicale du principe de précaution a renversé la charge de la preuve : les entreprises, les chercheurs, les industriels sont dans l’obligation, avant d’agir, de donner les preuves de l’innocuité de leurs activités. Les entreprises ne peuvent plus être dans le temps de l’innovation, celui où il faut accélérer et mettre les forces en action. Elles sont dans ce temps stérile où elles consacrent des ressources à anticiper et contourner les freins juridico-administratifs.

Pire encore pour l’avenir de notre pays, la constitutionnalisation du principe de précaution a diffusé, par capillarité, la peur du risque dans toute la société. Elle fait peser des menaces sur tout preneur de décision, en particulier dans les domaines de la santé et des technologies. La conséquence immédiate de cette diffusion de la crainte, c’est la suspension des grands programmes de recherche. Jean-Marc Petat, directeur de la communication Corporate et affaires publiques de BASF France, confiait ainsi à Novethic : “nous n’investissons pas dans de grands projets de recherche en France parce que nous n’avons aucune visibilité sur le comportement des autorités”.

La conséquence plus insidieuse, c’est l’omniprésence de ce climat de paralysie et d’aversion au risque. En mars 2012, un sondage Ipsos nous apprenait que 73 % des jeunes de 15 à 30 ans souhaitaient devenir fonctionnaires ! La fonction publique doit rester une vocation en soi, un service d’excellence. Ce sondage exprime une demande inédite de sécurité et de confort. Dès le plus jeune âge, le risque n’est plus acceptable socialement.

Dissocier le risque du danger

Avec les grandes figures des patrons et des traders voyous, les médias contribuent à diaboliser le risque au sein des entreprises. Ces dernières, aidées des lobbies, font tout pour qu’aucune décision de gestion ne puisse être considérée juridiquement comme un risque.

Or pour un entrepreneur, il n’y a rien de plus contre-intuitif que cette aversion au risque. Le risque est consubstantiel à l’entreprise et à la création de valeur. Le Professeur René Frydman commentait l’interdiction des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines : “dans toute innovation, il y a une part de risque. Si vous le supprimez, il n’y aura plus d’innovation”.

Naturellement, on ne peut que soutenir les différentes propositions pour inscrire, aux côtés du principe de précaution, un principe d’innovation dans la Constitution. Ce principe d’innovation devrait s’appliquer non seulement aux innovations technologiques, mais aussi au domaine de la recherche. Interdire la recherche, dans quelque domaine que ce soit, c’est le premier signe d’un pays qui capitule.

Parallèlement, il est urgent de dissocier la notion de risque de celle de danger. En France, la vie de l’entreprise, ces décisions et ses échecs sont considérés comme de grands dangers. Par exemple, l’entrepreneur est caution personnelle lorsqu’il créé son entreprise. En cas d’échec, non seulement il est en danger financièrement, mais il peut se voir condamner par le Tribunal de Commerce à une interdiction de créer toute nouvelle entreprise. L’entrepreneur prend des risques, mais il n’est pas un danger. Nous devons alléger la pénalisation qui menace l’entrepreneur.

Les lourdes peines qui sanctionnent l’échec de l’entrepreneur s’ajoutent aux risques juridiques du principe de précaution. Il nous faut recréer, en France, la possibilité pour un entrepreneur d’avoir une deuxième chance. Les générations Y et Z, centrées sur le résultat, nous aideront sans doute à mieux inverser notre appréhension collective du risque. Pour que, face au risque, nous ne ressentions pas qu’un instinct de protection, mais aussi l’énergie du défi et de l’envie. Pour que nous ayons encore la possibilité de croire en un élan collectif qui a rassemblé les Français depuis des siècles : le progrès.