Une semaine en Mer de Chine : quelle richesse humaine et managériale !

Durant une semaine, j’ai vécu une expérience hors du commun en Mer de Chine, sur le BPC Dixmude. En compagnie d’entrepreneurs, nous avons été accueillis par la Marine Française, au contact de représentants de la Marine Chinoise et Japonaise. J’ai en premier lieu été marqué par le charisme et la bienveillance du Commandant Pierre de Briançon, antidote solide à toutes les idées reçues sur l’armée et les militaires. J’ai découvert la proximité avec des hommes dont le niveau de responsabilités n’a d’égal que leur accessibilité, leur engagement et leur sens du respect. J’ai rencontré des forces armées aux antipodes de la rigidité, de l’obéissance mécanique et du passéisme dont on les soupçonne communément. J’ai pu constater combien l’Armée constitue aujourd’hui un écosystème technologique ultra-moderne, en adaptation permanente et dans lequel les individus, soumis à de très fortes contraintes, font l’objet d’une attention permanente.

Finalement, plongé en Mer de Chine et loin des idées reçues sur les militaires, j’ai été surpris par les points communs entre les défis de l’Armée Française et ceux que nous avons à relever dans la société civile, en tant qu’acteurs économiques. Comme nous, l’Armée évolue dans un contexte sous contrainte budgétaire, avec des arbitrages financiers qui limitent leurs capacités d’action et dans un environnement de plus en plus complexe. La généralisation des situations de guérilla et d’actions non formalisées, l’installation des conflits dans le bourbier des milieux urbains, la réduction des effectifs en parallèle de l’importante croissance du renseignement… Ces transformations rapides présentent des challenges technologiques et humains sans précédent. Comme nous, la mission même des militaires touche à la crise, à l’imprédictible. Leurs victoires reposent avant tout sur la capacité, à tous niveaux, à décider rapidement dans l’incertitude. Enfin, avec la numérisation du champ de bataille, l’Armée est au cœur de la révolution digitale. L’importance – et dans le même temps la dépendance – des communications est devenue cruciale. Les interfaces avec les machines se sont généralisées, créant une nouvelle donne entre l’intelligence humaine et la puissance des réseaux et de l’information.

Cette Armée d’aujourd’hui est née d’une adaptation permanente depuis des décennies. Naturellement, la comparaison entre l’Armée et les acteurs économiques est largement imparfaite. La menace qui plane parfois sur la vie même des militaires exclut toute forme d’angélisme. Pourtant, il m’a semblé que le système de leadership des forces armées pourrait nous inspirer davantage, en cette période de redéfinition de nos business model, de sensibilisation au phénomène de burn out et de demande de sens.

Tout au long des années, l’Armée a su maintenir un taux de résistance psychologique des individus supérieur à celui observé aujourd’hui dans la société civile. Ce résultat ne tient pas qu’à la sélection des militaires et la forte prégnance des vocations. Il provient de la capacité historique de l’Armée à donner du sens à l’action de chacun, notamment avec un corpus de valeurs fortes, ancrées et transmises de générations en générations. Ces valeurs contribuent à créer un sentiment de collectif très incluant, doublée d’une valorisation de l’individuel, de ses qualités, de ses réussites. Parmi ces valeurs, le rôle du leader est structurant. Or, dans la société civile, les salariés en souffrance ne contestent pas le rôle du dirigeant. Au contraire, ils attendent qu’il déploie une vision, qu’il soit exemplaire, accessible, qu’il soit au combat à leurs côtés. L’Armée, depuis toujours, sait former et incarner cette figure du leadership.

Enfin, et c’est peut-être la partie la moins visible depuis l’extérieur, l’Armée a développé une agilité et une adaptabilité contrainte par l’instabilité du terrain. Aujourd’hui, les structures d’action sont petites et modulables à souhait. Elles permettent une action rapide, mais aussi la coopération d’expertises de pointe, au niveau national comme international. L’innovation y est incrémentale, nourrie par les retours d’expérience, inlassablement – parce qu’elle revêt souvent des enjeux de vie ou de mort – confrontée au principe de réalité et d’efficacité : « par tradition, l’innovation militaire est incrémentale et les ruptures technologiques n’apparaissent souvent qu’après des défaites importantes. […] Les pays qui ont fait leur les principes d’innovation de rupture, Israël, les USA… ont profondément revu leurs doctrines militaires et leurs systèmes d’armes. Ces pays ont massivement investi dans les drones » (Gilles Babinet dans l’Ère Numérique, un nouvel Âge de l’Humanité). Ce dernier point est essentiel, dans l’Armée plus que partout ailleurs, la nécessité d’investir est une réalité quotidienne sur le terrain des combats. L’investissement, c’est garantir la compétitivité et la sécurité des forces armées.

Cohésion, agilité et investissement, l’Armée que j’ai vu naviguer pourrait bien redevenir une source d’inspiration inattendue dans la complexité qui fait notre environnement économique. Surtout, l’intensité de l’engagement des individus, leur sentiment profond d’être à leur place et de contribuer à une mission juste ne peuvent pas nous, entrepreneurs et bâtisseurs, nous laisser indifférents.

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Une semaine en Mer de Chine : quelle richesse humaine et managériale ! was last modified: juin 18th, 2015 by DavidLayani